Délégationde Cambrai

Statistiques d’accueil 2016

La pauvreté en Cambrésis

Café-débat à Caudry

Selon une enquête de l’Insee [1] de 2016, 770 000 personnes vivent sous le seuil de pauvreté dans le département du Nord, soit 19,3 % de sa population. Le Nord se révèle être un des départements les plus pauvres de France. Mais qu’en est-il exactement du Cambrésis, sachant que le seuil de pauvreté en France est de 1 015 euros par mois ?

#QuiDonneAgit

Pour nous éclairer sur ce sujet, à la fin du mois d’octobre 2017, Marianne Demaegdt et Christian Wermeersch, de la délégation Nord/Cambrai du Secours Catholique [2], sont venus animer un café-débat à la maison paroissiale Sainte-Maxellende de Caudry, en présence du père Hervé Le Minez. Étaient également présents des bénévoles du Secours Catholique des doyennés de Cambrai, de Escaut-et-Sensée et du Cateau-Cambrésis. Ces territoires accueillent les plus petites aires urbaines de France, mais aussi les plus pauvres, avec une pauvreté touchant de 23 à 32 % de la population, loin des 19 % du niveau national.

Pour les bénévoles du Secours Catholique, habitués à recevoir tout au long de l’année des ménages en difficulté, cette discussion était l’occasion de déconstruire les préjugés envers les pauvres, d’échanger autour d’un quiz sur les problèmes rencontrés autour de la pauvreté, chiffres à l’appui, et d’écouter des témoignages, en partageant les points de vue. Les chiffres sur l’état de la pauvreté en France sont d’ailleurs très révélateurs et ne trompent pas. Selon les études statistiques réalisées par le Secours Catholique [3] et présentées dans son rapport annuel sur l’état de la pauvreté en France, 19 % des personnes accueillies en 2016 au Secours Catholique, pour la délégation Nord/Cambrai, n’ont aucunes ressources. 54 % de leur besoin exprimé est d’ordre financier (loyers et factures d’énergie à payer), 37 % d’ordre social (besoin d’écoute-accueil-conseil) et 28 % d’ordre alimentaire. Pouvoir payer ses besoins liés au logement apparaît donc comme une priorité pour une grande partie des personnes rencontrées. Les mensualités de crédit et les factures de téléphone arrivent en septième et huitième place parmi les besoins exprimés.

Il faut savoir que frapper à la porte du Secours Catholique en cas de besoin n’est pas toujours très aisé. Il est question d’image de soi, de parler de ses problèmes, d’affronter le regard de l’autre, d’oser dire : je ne peux plus payer, je suis à la rue… Comme le montre le rapport statistique 2017, les préjugés sur les pauvres sont nombreux. Préjugés qui provoquent un repli sur soi, un sentiment d’échec et la peur de demander un « coup de main ». Pourtant, pousser la porte du Secours Catholique ne veut pas dire être un profiteur ou un feignant… En effet, « qui croit encore que les démunis ont la belle vie ? ». Nos statistiques d’accueil indiquent que 60 % des familles rencontrées ont deux à quatre enfants et que seulement 11 % des ménages rencontrés par le Secours Catholique en Cambrésis sont étrangers. Quant à la fraude au RSA, elle est estimée pour l’ensemble de la France à 170 millions d’euros par an, un montant faible si on le compare aux 5,3 milliards d’euros qui ne sont pas versés à des ayants droit [4].

Frapper à la porte du Secours Catholique s’avère être un bon début pour sortir de la « galère », pour prendre contact avec les différents services d’aide proposés par la Croix-Rouge, les Restos du cœur, les centres communaux d’action sociale (CCAS), le Centre local d’information et de coordination (CLIC Cambrésis). L’accueil-écoute assuré par les bénévoles du Secours Catholique est également très important, car le problème de l’isolement est récurrent. 65 % des personnes accueillies n’ont aucun proche présent pour les épauler financièrement. Il faut bien remonter la pente !

« Promouvoir la personne et la rendre actrice de son développement, c’est-à-dire lui permettre de changer de regard sur elle-même, de prendre en charge sa promotion, son autonomie, son développement. »

Tel est l’objectif du Secours Catholique, qui met en place en Cambrésis des lieux d’accueil (« La Pause »), des boutiques solidaires (la Bou’sol), des groupes d’activités manuelles ou sportives, de l’accompagnement scolaire, des actions vacances… Il y a aussi les « quartiers solidaires » où les bénévoles se mettent au service des plus démunis, sur le terrain, comme le montre le témoignage de Michel, bénévole, ancien menuisier qui a rencontré de multiples difficultés dans sa vie avant de frapper à la porte de notre association. Aider « à son tour » est souvent fréquent au Secours Catholique, la précarité n’est pas une histoire ancienne, c’est celle de l’autre aujourd’hui et demain… peut-être vous ou moi.

Pour tous ceux que la question de la pauvreté ne laisse pas indifférents, le rapport 2017 du Secours Catholique, « État de la pauvreté en France. Préjugés et cohésion sociale », apporte un éclairage renouvelé. Vous pouvez également vous porter volontaire pour être bénévole et venir en aide aux plus démunis.

www.secours-catholique.org

Muriel MARIN

[1] Institut national de la statistique et des études économiques.

[2] Marianne Demaegdt est animatrice du Secours Catholique Nord/Cambrai et Christian Wermeersch est trésorier.

[3] Sur la base de 85 165 fiches statistiques renseignées sur les situations de pauvreté rencontrées en 2016 par le Secours Catholique. Les bénévoles ont accueilli cette année-là 1 463 000 personnes.

[4] Voir : « État de la pauvreté en France. Préjugés et cohésion sociale », rapport statistique 2017 du Secours Catholique, p. 63.

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