Délégationde Cambrai

Cafés-débats novembre 2016

L’état de la pauvreté en France : rapport 2016 du Secours Catholique

Cafés-débats de la délégation Nord/Cambrai :
« Rapport statistique 2016 du Secours Catholique
L’état de la pauvreté en France : réalité et préjugés »

Rapport statistique 2016

publié en décembre 2016

Le 17 novembre 2016, à l’occasion de la publication du rapport statistique annuel du Secours Catholique sur l’état de la pauvreté en France, la délégation Nord/Cambrai a organisé des cafés-débats (simultanément à Cambrai, Douai, Valenciennes et Aulnoye-Aymeries) pour informer et sensibiliser le public sur la réalité de la pauvreté en France.

Dans ce rapport, réalisé à partir de l’observation sur le terrain de plus de 85 000 situations (sur les 1 463 000 personnes accueillies en 2015), l’association rend compte de l’évolution de la pauvreté en France et propose des solutions.

Quelques chiffres sur l’évolution de la pauvreté en France

Le rapport 2016 du Secours Catholique fait apparaître des évolutions positives et des évolutions négatives.

Parmi les évolutions positives il y a le fait que la part des personnes avec un faible niveau de qualification est passée de 73 % en 1982 à 40 % aujourd’hui. L’endettement passe de 80 % en 1997 à 57 % aujourd’hui.

Parmi les aspects qui se sont aggravés, il y a le fait que les personnes étrangères accueillies par le Secours Catholique étaient 17 % en 1982, elles sont 36 % aujourd’hui. Dans les accueils du Secours Catholique, les personnes sans papiers étaient 3 % en 1999, elles sont 18 % aujourd’hui, ce qui montre qu’elles sont de plus en plus pauvres. Le chômage de fin de carrière est passé de 10 % en 1994 à 19 % (pour les 50 à 59 ans), de 4 % en 1994 à 10 % (pour les plus de 60 ans).

Le niveau de vie médian en France, partageant la population en deux effectifs égaux, est de 1 679 € pour une personne seule. Le seuil de pauvreté correspond à moins de 60 % de ce revenu médian, soit moins de 1 007 €. Le revenu moyen des personnes seules accueillies au Secours Catholique est de 530 €. 19 % des personnes accueillies n’ont aucunes ressources.

Analyse

Certes il y a des politiques qui ont été mises en place (le RMI et le RSA) et qui ont donné des résultats positifs mais d’autres facteurs – la situation économique, la mondialisation… – ont eu des répercussions dans l’autre sens. À travers ces indicateurs, on retrouve différentes tensions que l’on observe dans nos sociétés aujourd’hui.

Une priorité : lutter contre les préjugés

Non seulement les personnes en situation de précarité souffrent de leur situation matérielle difficile, mais elles souffrent autant et peut-être encore plus du regard dévalorisant et culpabilisant que l’on porte sur elles. Ce regard est d’autant plus blessant et démoralisant que bien souvent il ne repose pas sur la réalité des faits : ce sont des préjugés. C’est pourquoi le Secours Catholique, dans sa lutte contre tout ce qui alourdit la charge qui pèse sur les plus pauvres, veut cette année faire la part de la vérité concernant un certain nombre de nos idées reçues.

Voici quelques exemples :

Idée reçue : « Les pauvres sont des profiteurs qui veulent toucher un maximum d’aides. »

Les faits : 38 % des accueillis qui auraient droit au RSA ne le demandent pas parce qu’ils n’ont pas de domicile fixe, ne sont pas informés, ne savent pas effectuer les démarches administratives…

Idée reçue : « Les pauvres sont des fraudeurs. »

Les faits : Les fraudes existent mais les pauvres ne sont pas ceux qui fraudent le plus en matière de personnes ni en matière de volume d’argent. Les fraudes estimées au niveau des prestations familiales représentent 1 % du total des prestations versées. Par comparaison, la fraude à l’impôt sur le revenu est estimée à 30 %.

Idée reçue : « Les pauvres ne veulent pas travailler. »

Les faits :
1. Il y a des pauvres qui travaillent !
2. Il y a des pauvres qui ne peuvent pas travailler.
3. Il y a beaucoup de freins à l’emploi (mobilité, garde des enfants, formation inadaptée, problèmes de santé, difficultés sociales, manque de confiance en soi…).
4. Il n’y a pas assez d’emplois, particulièrement pour les personnes en situation de fragilité.

Idée reçue : « Les parents ne s’intéressent pas la scolarité de leurs enfants. »

Les faits : Les personnes en situation de précarité n’ont pas le niveau scolaire ou manquent d’expérience pour accompagner leurs enfants dans leur travail scolaire. Ou alors elles manquent de temps, un tiers des familles accueillies sont des familles monoparentales.

Idée reçue : « Il y a de plus en plus de personnes étrangères en France. »

Les faits : En 2000 les personnes de nationalité étrangère représentaient 5,6 % de la population résidant en France, aujourd’hui cette part est de 6,4 %. Cela représente une augmentation de 0,8 point en quinze ans. La proportion d’étrangers rencontrés par le Secours Catholique a au contraire fortement augmenté : la part des personnes étrangères accueillies en 1982 était de 17 %, aujourd’hui elle est de 36 %.

Des situations concrètes

Lors de ces cafés-débats, les animateurs ont ensuite proposé à l’assistance de se constituer en groupes de travail pour réfléchir sur des situations concrètes que les personnes en difficulté ont à résoudre quotidiennement :

• Le 17 novembre vous avez une offre pour un éventuel emploi d’aide-soignant à domicile, qui vous ferait gagner 100 € de plus par mois. Ça commence lundi matin. Le problème, c’est qu’il vous faut vous y rendre en voiture. Vous avez le permis, mais pas de véhicule, et aucune épargne pour en acheter. Que faites-vous ?

• Nous sommes le 17 novembre, vous avez appris à la réunion des parents d’élèves que votre fille aînée partira en classe de neige en février. Cela coûte 250 €, à payer avant le 17 février, et vous n’avez aucune épargne. Que faites-vous ?

Quelques prises de parole

Monseigneur Garnier, qui est venu prendre part à l’un de ces groupes de travail, a dit notamment que la pauvreté n’est pas seulement matérielle mais aussi culturelle et que les personnes en situation de précarité ont besoin d’être accompagnées et initiées aux moyens modernes d’information et de formation qui leur permettront de prendre leur vie en main, d’accéder à la culture, et de prendre leur place dans la société.

Yves Ravalard, président de la délégation Nord/Cambrai du Secours Catholique, a conclu le café-débat à Cambrai en rappelant que la question de la pauvreté n’est pas une problématique marginale mais qu’elle conditionne tout le fonctionnement de notre société.

Véronique Fayet, présidente nationale du Secours Catholique, a pour sa part déclaré, dans une interview, qu’elle profiterait de la publication de ce rapport statistique du Secours Catholique sur l’état de la pauvreté en France pour interpeller les candidats à l’élection présidentielle sur cette question sociétale.

Gérard Pique

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